L’investissement nucléaire de la Caisse de dépôt au Royaume-Uni : un modèle inspirant… pour les autres
La rédaction
Alors que le gouvernement canadien tente tant bien que mal de stimuler l’investissement privé dans ses infrastructures, c’est au Royaume-Uni que l’une des plus importantes opérations de la Caisse de dépôt et placement du Québec (CDPQ) prend forme. Comme le rapporte Barbara Shecter dans un article fouillé du Financial Post publié le 24 juillet 2025, l’institution québécoise vient d’injecter 3,2 milliards de dollars dans le projet nucléaire Sizewell C, en partenariat avec le gouvernement britannique. Un modèle de collaboration public-privé dont le Canada aurait tout à gagner à s’inspirer… s’il pouvait offrir un cadre comparable.
Une opération d’envergure sécurisée par l’État britannique
La CDPQ prend une participation de 20 % dans la centrale nucléaire Sizewell C, présentée comme la première nouvelle installation du genre au Royaume-Uni depuis 1995. Le projet, mené en collaboration avec des partenaires tels que l’énergéticien français EDF, Centrica, Amber Infrastructure, et financé via le nouveau Fonds national de richesse du gouvernement Starmer, promet plus de 60 ans d’approvisionnement en énergie bas-carbone. Ce qui distingue cet investissement, souligne Barbara Shecter, c’est l’architecture de financement : la majorité des coûts sont couverts par l’État britannique, et les investisseurs institutionnels comme la CDPQ sont protégés contre les dépassements de coûts grâce à des garanties spécifiques. Le rendement de la Caisse est ainsi sécurisé dès le départ.
Selon le professeur Sébastien Betermier de l’Université McGill, cité dans l’article, ce type de montage illustre parfaitement ce que devrait être un partenariat intelligent entre l’État et les grands fonds de pension : « Le gouvernement britannique a réussi à réduire le niveau de risque de construction et à fournir un rendement dès le début. »
Un contraste frappant avec la situation canadienne
Or, comme le souligne Shecter, le Canada peine à reproduire ce type de succès. Les fonds de pension canadiens, dont la CDPQ, Brookfield ou OMERS, ont de moins en moins tendance à investir au pays, faute de projets assez ambitieux, bien structurés ou financièrement sécurisés. Malgré les intentions répétées d’Ottawa depuis 2016, les projets canadiens souffrent d’un manque de coordination, d’une dispersion bureaucratique à travers plus de 20 ministères et agences, et d’une absence de garanties solides pour attirer les capitaux privés. Résultat : les investissements se dirigent ailleurs.
Le cas de la Banque de l’infrastructure du Canada, créée en 2017 avec de grandes ambitions, illustre cette incapacité structurelle. Selon un rapport récent du Bureau du directeur parlementaire du budget, la banque est en voie de ne débloquer que 14,9 milliards $ d’ici 2027-2028, soit bien en deçà de son objectif initial de 35 milliards $. Un comité de la Chambre des communes recommandait même son abolition dès 2022.
La CDPQ, pionnière malgré les obstacles
Seule la Caisse semble capable de se […]


