Fierté Montréal : deux événements pour une seule cause, mais une impasse commune
Article d'Anthony Tremblay
Depuis plus de 30 ans, le Festival Fierté Montréal se tient chaque mois d’août, comme un rendez-vous désormais incontournable dans l’une des villes phares de la cause LGBT+ à l’échelle mondiale. À ses débuts, il s’agissait pour les homosexuels d’affirmer : « Oui, nous existons, et vous devrez vivre avec ça. » Il faut dire que la police n’y allait pas de main morte à l’époque, multipliant les descentes dans les bars clandestins fréquentés par les homosexuels.
Mais cette époque sombre est derrière nous, et bien des choses ont changé. Le mariage est reconnu pour tous, peu importe l’orientation sexuelle. Un chef de parti — conservateur, rien de moins — est ouvertement homosexuel, et cela ne dérange plus grand monde. Alors, qu’est-ce qui coince encore aujourd’hui avec la cause LGBT+ ?
Beaucoup de choses, en réalité. On sent poindre une lassitude généralisée, tant dans la population que chez plusieurs membres de la communauté LGBT+, face à la récupération commerciale et politique des enjeux de diversité par les grandes banques, les compagnies d’assurance, de préservatifs ou encore pharmaceutiques (car il faut bien vendre du Viagra). C’est d’ailleurs pour cette raison qu’une frange plus radicale de la gauche organise un événement parallèle au Festival Fierté Montréal.
Fierté Indomptable, c’est la riposte à la version officielle, perçue comme chic, corporative et institutionnalisée par le soutien massif des gouvernements municipaux, provinciaux et fédéraux. Ce phénomène n’est pas propre au Québec : dans tout l’Occident, une gauche militante, parfois qualifiée d’extrémiste, met sur pied des festivités concurrentes. En France, c’est notamment le cas avec la « Pride des banlieues ».
Mais peu importe la forme — qu’il s’agisse de célébrations glamour, où le champagne coule à flot, ou de manifestations plus radicales —, nous semblons aujourd’hui dans une impasse. Le mouvement LGBT+, s’il existe toujours en tant que tel, a remporté la majorité de ses grandes batailles. Les couples de même sexe peuvent se marier, adopter, et jouissent des mêmes droits et obligations que les couples hétérosexuels.
Mais cela ne suffit plus. Certaines revendications militantes réclament désormais l’ajout d’un genre X sur les passeports, l’installation de toilettes non genrées, ou encore des résidences pour aînés LGBT. D’autres souhaitent [...]


